Innovation sociale dans les territoires de montagne : aperçu de la conférence « La montagne, territoire d’innovation »

Une conférence internationale a eu lieu du 11 au 13 janvier 2017, à Grenoble, sur le thème « La montagne, territoire d’innovation ». La conférence était organisée par le laboratoire d’excellence « Innovation et territoires de montagne », une plate-forme de recherche sur la montagne et l’action territoriale dans les Alpes du Nord. Le Labex Item regroupe des institutions académiques et publiques, ainsi que d’autres acteurs locaux des départements français de la Savoie et de l’Isère.

L’objectif de la conférence était de discuter de la relation entre les régions de montagne et l’innovation au sein d’un grand nombre de thèmes allant des stations de sports d’hiver à la planification spatiale. Le projet Horizon 2020 SIMRA, dont Euromontana est partenaire, était bien représenté à la conférence, avec comme objectif spécifique de favoriser la discussion sur la question de l’innovation sociale. Les partenaires du projet ont assisté, animé ou présenté le projet SIMRA dans plusieurs sessions.

Comment définir l’innovation sociale dans les territoires de montagne ?

La session « Innovations sociales transformatrices en territoires montagnards » co-organisée et animée par Manfred Perlik (Centre pour le développement et l’environnement, Université de Berne – partenaire SIMRA) a tenté de répondre aux questions suivantes :

  • En quoi les innovations sociales sont-elles différentes des autres innovations ?
  • Quelles sont les spécificités des innovations sociales en montagne ?
  • Qu’est-ce qu’une innovation dans le contexte d’un processus de transformation régional ?

Plusieurs thèmes, allant de l’histoire à l’anthropologie sociale, et de la géographie économique et à la science politique, ont été examinés pour aborder les transformations socio-économiques et culturelles des zones de montagne, les relations entre les acteurs régionaux et l’innovation sociale ainsi que les spécificités des initiatives sociales et la gouvernance dans les régions de montagne.

Les questions centrales sont : Qu’est-ce que l’innovation sociale et comment la définir ? Dans quelle mesure les innovations sociales sont-elles transformatrices ? Les présentations qui ont eu lieu au cours de cette session ont mis en évidence une multitude de définitions (voir quelques exemples ci-dessous) et la définition de travail de SIMRA a pu être introduite :

Initiatives collectives prises par les citoyens en réponse à des besoins sociaux qui ne sont pas autrement satisfaits par le marché ou les organisations politiques (Klein et Harisson, 2007).

Les innovations sociales sont de nouvelles solutions qui répondent simultanément à un besoin social et conduisent à de nouvelles capacités et relations ou à leur amélioration, ainsi qu’à une meilleure utilisation des ressources et des atouts (Commission européenne).

La reconfiguration des pratiques sociales en réponse aux défis liés à la société, à l’économie ou à l’environnement, fondée sur des idées et des valeurs nouvelles. Ces pratiques comprennent la création de nouvelles institutions, réseaux et mécanismes de gouvernance et cherchent à améliorer les résultats sociétaux, en particulier mais pas exclusivement pour les groupes défavorisés, et reconnaissent la probabilité de compromis entre les intérêts et les résultats concurrents. Bien que ces pratiques puissent inclure des institutions diverses, elles incluent nécessairement l’engagement volontaire des acteurs de la société civile [définition de travail basée sur la définition donnée dans la proposition H2020 de SIMRA (Nijnik et al., 2016) développée par Slee al. (en préparation)].

Plusieurs exemples ont illustré la richesse des concepts associés à l’innovation sociale, incluant des références à de nouveaux marchés, à la gouvernance, à des réseaux alternatifs, à la mobilisation de la société civile, aux d’initiatives culturelles et aux relations entre les individus. Par exemple, une présentation a porté sur la dynamique des imports-exports dans le contexte macro-régional du massif alpin, mettant en évidence les aspects économiques de l’innovation sociale liés à la compétitivité alors qu’une autre présentation a porté sur le thème de la dynamique territoriale, en questionnant comment l’origine et la nature des relations entre les résidents d’une région facilitent l’émergence de l’innovation sociale, de manière exogène ou endogène à cette région.

Comment le projet SIMRA peut-il contribuer ?

De nombreux partenaires de SIMRA sont intéressés par la question de l’innovation sociale dans les régions montagneuses. Ces zones peuvent en effet être considérées comme marginalisées par rapport à leur géographie (terrain difficile, éloignement par rapport aux fonds de vallées, infrastructure limitée, etc.), mais elles sont également très hétérogènes. Ces caractéristiques ont été introduites par Martin Price (Perth College, University of Higlands and Islands – partenaire SIMRA et membre du Comité Directeur d’Euromontana) lors de sa conférence d’introduction. Étant donné que les régions de montagne ont des contraintes spécifiques, examiner les innovations sociales dans les régions de montagne peut aider à identifier les caractéristiques saillantes de ces innovations et fournir des réponses concernant les modèles d’émergence et de développement de l’innovation sociale dans un environnement physiquement contraint.

La conférence a comporté trois présentations de SIMRA basées en grande partie sur des considérations communes et des points de vue partagés des partenaires du projet : Carla Barlagne du James Hutton Institute a présenté le projet SIMRA et sa conceptualisation de l’innovation sociale ; Catie Burlando de l’Université de Padoue a présenté les réflexions préliminaires sur les méthodes d’évaluation de l’innovation sociale dans les zones de montagne ; et Manfred Perlik de l’Université de Berne a mis l’accent sur le caractère ambigu de l’innovation dans le contexte des Alpes. D’après lui, une innovation sociale pourrait être le questionnement des stratégies spécifiquement alpines actuelles en matière de développement régional et de marketing.

Il a été rappelé à l’audience que l’innovation sociale a le potentiel d’être une réponse durable aux crises économiques et sociales. En période de crise, de nouveaux modes de gouvernance peuvent rétablir des relations de confiance et des liens entre les individus, favorisant ainsi les relations économiques et le commerce. Un élément clé du développement de SIMRA est l’implication des parties prenantes tout du long de la construction, de la mise en œuvre et de l’évaluation du projet, en particulier grâce au groupe de réflexion sur l’innovation sociale (Social Innovation Think Tank). Les parties prenantes impliquées dans SIMRA peuvent fournir des conseils méthodologiques, proposer des études de cas, soutenir la création de réseaux et offrir des commentaires et des contributions pour s’assurer que le projet reflète les valeurs qu’il tente de promouvoir tout au long du projet et au-delà.

En ce qui concerne les méthodes d’évaluation, les présentations et les discussions au cours de la conférence ont mis en évidence comment l’identification de questions critiques spécifiques dans l’évaluation de l’innovation sociale peut soutenir des politiques plus efficaces et inclusives de développement des montagnes par l’adoption d’indicateurs captant les éléments tangibles et intangibles de l’innovation sociale (l’influence du réseau, la confiance, la qualité de la participation citoyenne, etc.).

Quelques éléments de conclusion

L’innovation sociale transformatrice a été présentée à la conférence dans le contexte des régions montagneuses. Comme les montagnes font partie des zones périphériques, les conclusions liées aux montagnes peuvent être appliquées avec succès dans d’autres zones marginalisées. Bien qu’il ait été de nouveau reconnu qu’il n’existe pas de définition convenue de l’innovation sociale et qu’il pourrait être nécessaire d’avoir une vision générale, plutôt universelle, commune de l’innovation sociale, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un phénomène très spécifique à chaque cas de figure et au contexte, de sorte que plusieurs définitions peuvent coexister.

Les définitions introduites par les différents orateurs ont porté sur deux catégories d’échelle. La première a mis en lumière des actions qui émergent et sont dirigées par des individus de la société civile. La seconde associe l’innovation sociale à l’innovation territoriale, considérée comme profondément enracinée dans les caractéristiques et la dynamique des institutions territoriales avec leurs normes, leurs valeurs et leurs conventions. Malgré ces différences, les deux types de définition soulignent l’importance de l’intégration territoriale mais aussi des réseaux (formels ou informels) comme moteurs de l’innovation sociale. Tous deux ont réitéré la puissance potentielle de transformation de l’innovation sociale et ont conduit à créer des changements au sein des systèmes de gouvernance. Par exemple, l’émergence de l’innovation sociale a été analysée en tenant compte de la longue trajectoire de l’héritage culturel d’un territoire, en soulignant comment elle peut conduire à des changements de pratiques et par conséquent à une refonte des normes au sein des territoires. Enfin, les stratégies de renforcement de la résilience et d’adaptation ont été discutées en termes de liens avec l’innovation sociale.

Auteurs : Lauren Mosdale (Euromontana), Maria Nijnik et Carla Barlagne (James Hutton Institute), Catie Burlando (UNIPD), Manfred Perlik (UNIBE) et Martin Price (UHI)

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10 février 2017