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Interview du mois: rencontre avec Frank Gaskell, Sénateur d’Euromontana

Membre du Comité Directeur fondateur d’Euromontana depuis 1996, Frank Gaskell a été Président de l’association de 2000 à 2008. Jusqu’en 2008, il a également été Secrétaire puis Directeur des Affaires Internationales de Highlands and Islands Enterprise, l’agence de développement économique et social du nord et de l’ouest de l’Ecosse.

Membre du Sénat d’Euromontana depuis la fin de sa présidence, Frank Gaskell apporte à l’association son expertise en matière de développement territorial durable et nous fait part de ses réflexions pour le développement futur des montagnes.

 

Euromontana : comment entrevoyez-vous le développement futur des zones de montagne dans les prochaines décennies ?

Frank Gaskell : « Au cours des 24 années qui se sont écoulées depuis la création d’Euromontana, nous avons été témoins de tant de crises régionales et mondiales imprévisibles qu’il est vain de tenter une quelconque vision pour les 10 prochaines années, sans parler des 30 prochaines années. L’avenir n’est pas un terrain où nous allons, c’est une destination que nous nous fabriquons nous-mêmes.

Dans un horizon 2050, je ne suis confiant qu’en une seule constante, à savoir que le réseau Euromontana des zones de montagne dans toute l’Europe continuera d’avoir une raison d’être et une mission pratique incontestables.

Notre force réside dans la véritable similitude des défis auxquels nous sommes confrontés, les opportunités que nous pouvons créer et le privilège que nous avons de partager un objectif de maintien et de protection de nos communautés fragiles, de notre culture et de notre précieux environnement, qui constituent des atouts pour les générations européennes à venir. Cette raison d’être perdurera. »

 

Comment pouvons-nous participer à la préservation de ces atouts ?

« De la Norvège à la Macédoine, nos communautés de montagne ont subi pendant des générations les mêmes difficultés quotidiennes d’isolement, d’accessibilité limitée aux marchés et aux services, et de déclin démographique. Mais surtout, nous avons tous hérité de la même résilience, ténacité et ingéniosité que celle qu’exige la survie dans ces conditions et, si l’occasion se présente, nous sommes plus que capables de soutenir nos communautés et de capitaliser sur nos forces naturelles uniques pour le plus grand bénéfice de tous. Et l’Europe n’a jamais eu autant besoin de l’environnement, des produits et de la culture uniques des montagnes.

Nous devons à présent nous attacher à collaborer sans relâche avec les architectes de la future politique européenne en cette période cruciale, afin de nous assurer qu’ils comprennent les caractéristiques essentielles de nos régions et qu’ils reconnaissent et facilitent la contribution essentielle que nous devons apporter.

Heureusement pour les montagnes et pour l’Europe au sens large, la convergence actuelle des défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés offre une fenêtre d’opportunité qui permet d’ajuster et de réajuster le cours de la stratégie économique et sociale.

Pour réussir, nous devons articuler notre cause avec audace, bien identifier nos alliés et veiller à comprendre et à prendre en compte avec sensibilité les préoccupations valables des autres acteurs. »

 

Pouvez-vous être plus précis sur cette fenêtre d’opportunité et sur les défis et perspectives actuels auxquels vous faites référence ?

« Le développement du programme 2021-2027 de l’UE, notamment en ce qui concerne la Politique de Cohésion et les politiques environnementale et agricole, dicte la trajectoire du bien-être et de la durabilité des zones et communautés de montagne non seulement pour les sept prochaines années mais au-delà. Influencer la version finale de ces politiques est encore possible et constitue un défi stimulant.

L’impact des événements mondiaux fait avancer le débat dans une direction positive pour la reconnaissance et la valorisation du potentiel économique, social et environnemental des montagnes. Depuis de nombreuses années, la politique européenne a été marquée par une tension entre les intérêts urbains et ruraux.

Le vent a tourné en faveur des agglomérations et des zones urbaines en tant que centre de développement économique et social, et s’est éloigné de la philosophie du développement territorial équilibré qui permet de mieux exploiter les ressources précieuses mais fragiles des montagnes et d’autres régions profondément rurales. »

 

Pensez-vous que la crise du COVID-19 peut faire évoluer l’attention portée aux territoires ruraux, y compris les zones montagneuses ?

« Nous avons longtemps soutenu que la promotion d’un développement axé sur les agglomérations était malavisée. Elle repose peut-être sur des arguments convaincants de demande de marché et d’économies d’échelle, mais elle néglige les inconvénients et les externalités négatives de la congestion, des frictions sociales, de la surconsommation d’énergie, de la pollution… et, oui, des risques de renforcer la transmission des maladies !
Simultanément, cette politique est une menace de marginalisation pour les zones rurales les plus éloignées et les plus profondes et pour leur capacité à fournir des biens publics sous la forme d’une grande biodiversité et d’avantages culturels, environnementaux et climatiques qui ne sont pas suffisamment récompensés sur le marché.

L’impact dévastateur du COVID-19 et sa corrélation émergente avec la densité de population ont malheureusement donné un accent plus marqué à notre cause. Par coïncidence, l’augmentation en raison du confinement du travail à distance, dont l’efficacité est démontrée, doit atténuer la justification de la concentration urbaine et ouvrir la perspective d’implanter des lieux de travail à distance de haute qualité dans l’excellent environnement offert par les régions montagneuses et éloignées. Soudain, l’aspect pratique de la prestation de services éducatifs et médicaux efficaces à distance se révèle être l’option réaliste que nous avons toujours encouragée. Finalement, les technologies de l’information et de la communication peuvent réellement tenir leur promesse initiale d’être « la fin de la distance » !

Cette renaissance et ce remodelage de nos économies rurales éloignées n’est pas simplement un rêve numérique ; c’est une destination concrète avec une logique plus large. Les facteurs sont nombreux. Le changement climatique et l’impératif d’exploiter et de développer de plus en plus les sources d’énergie renouvelables donnent aux zones de montagne un avantage comparatif non seulement en tant que productrices d’énergie mais aussi en tant que sites logistiques adaptés aux entreprises commerciales dépendantes du secteur l’énergie.

Mais le point fort des montagnes est notre héritage culturel et la préservation de la qualité de l’environnement, renforcée par une agriculture extensive génératrice de biodiversité et respectueuse des paysages. »

 

Comment l’UE peut-elle accélérer cette renaissance et cette transition dans les années à venir ?

« C’est ici que le contexte et les consultations actuels de la Commission offrent les plus grandes possibilités d’influence politique positive. Il y a peu de raisons de critiquer l’opportunité qu’elles offrent. Le Pacte Vert avec son objectif de restauration de la biodiversité et de réduction de la pollution, sa Stratégie Biodiversité, et l’engagement de réaliser les Objectifs de Développement Durable.

Ces démarches présentent des zones de montagne avec des objectifs clairs, mais nous devons nous assurer que nous nous engageons sérieusement et que nous nous exprimons bien en équipe pour tirer le meilleur parti de ces occasions cruciales de marquer des buts. Sans compromettre la force réelle de nos propres arguments, nous devons travailler avec le plus large éventail possible de partenaires et d’alliés. Nous avons une longueur d’avance : nous avons une solide expérience de la collaboration, de la formation et de la gestion d’alliances, que ce soit dans le cadre d’intergroupes ou de partenariats ad hoc. Nous avons trouvé un véritable terrain d’entente avec les petites îles et les groupements de producteurs de produits alimentaires de qualité. Sur les questions environnementales, nous partageons des intérêts avec le réseau High Nature Value, qui fait autorité en la matière. Nous avons de bons atouts et ne manquons pas d’alliés.

Le match est là pour être gagné. »

 

Pour en savoir plus sur la vision de Frank Gaskell pour les zones de montagne en Europe, lire l’interview complète en PDF.

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10 septembre 2020

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ECR member and the President of the Małopolska region, @Kozlowski_W underlined the shared goals of @Euromontana and the #Carpathians Interregional Group -

"We both see the urgent need for sustainable investments in mountainous regions to boost their prosperity"

Bonne idée !
Une #épicerie mobile pour desservir des #villages ne disposant plus de magasin et pour promouvoir des produits locaux.
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The @ENRD_CP Thematic Group #Rural2040 should help to build an ambitious Long-term vision for #ruralEurope
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